ETIENNE PERRONE - Photographe
Dreams Happen After Dark
Le quotidien me laisse parfois une sensation d’inachèvement, de manque — l’impression vague d’être au bord de la scène, à regarder la vie se jouer un peu plus loin. Dreams Happen After Dark n’est pas une série sur la nuit. C’est une série sur le besoin d’un ailleurs. Une quête intime, parfois lucide, parfois obstinée, pour trouver dans le réel une porte vers un monde plus dense, moins futile, plus vibrant. La nuit devient alors mon terrain de recherche. J’y marche pour trouver des fragments de cet autre monde. Pas un lieu précis, plutôt une sensation : une intensité, une cohérence, comme si le monde devenait soudain plus lisible. Le cinéma a ancré cette obsession très tôt chez moi. Non pas parce qu’il montre des mondes parfaits, mais parce qu’il donne une forme parfaite à l’imperfection : un cadre, une lumière, une tension, une musique. Une manière de rendre l’incertitude belle, solide, habitable. La lumière est à la fois sujet et outil. Je la pousse souvent plus loin en ajoutant la mienne — des flashes ou des faisceaux colorés, placés directement sur place au moment de la prise de vue. Ce n’est pas un effet ajouté après coup, mais un geste qui ouvre le réel à une autre lecture. Comme lorsqu’on allume une radio : les ondes étaient déjà là, mais il fallait un appareil pour les rendre perceptibles. Dans ces images, la ville est presque toujours vide. L’absence laisse la scène intacte. Le silence devient une matière. Et ce vide renvoie à quelque chose de profondément humain : même si nous sommes des êtres sociaux, notre vie intérieure reste solitaire. La ville vide devient alors le miroir de cet espace intérieur — calme, étrange, parfois inquiet, souvent magnétique. Les voyages en Asie et aux États-Unis jouent un rôle essentiel dans ce travail. La densité des mégapoles asiatiques comme l’ouverture des banlieues américaines déplacent mon regard et brouillent la frontière entre documentaire et fiction. La ville n’est pas montrée telle qu’elle est, mais telle qu’elle réapparaît quand le monde s’endort et que le silence reprend la scène. Je suis pourtant conscient du paradoxe : cet « autre monde » est, au fond, une construction personnelle. Cette quête ne peut pas vraiment se résoudre à l’extérieur de moi. Mais l’acte de chercher compte : marcher, scanner, attendre, reconnaître, cadrer, transformer. Ces images ne sont ni des documents, ni des embellissements. Ce sont des invitations : des espaces à habiter plus qu’à observer, des fragments de silence soigneusement éclairés, où le réel commence à se comporter comme une fiction — et où la fiction semble soudain presque réelle.

Une sélection d’œuvres est actuellement disponible sur la page dédiée. Si une image de la série présentée ci-dessous vous intéresse sans y figurer, n’hésitez pas à me contacter pour connaître sa disponibilité, les formats proposés et son état d’édition.
























